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La démocratie à l’heure du Covid-19

Dans ce « tract » Gallimard dont le titre fait directement écho au livre phare de Tocqueville, Barbara Stiegler s’interroge sur l’état de la démocratie en France, à l’heure de la crise sanitaire. Alors que le patron de la revue The Lancet, Robert Horton, déclarait en septembre 2020 que la Covid-19 n’était pas une pandémie mais plutôt une syndémie, soit une maladie causée par les inégalités sociales et les problèmes écologiques au sens large, c’est le choix du premier terme qui a été retenu par toute la classe dirigeante. Une façon de privilégier l’adaptation à la crise, dans une logique de l’urgence, plutôt qu’une volonté d’agir sur les causes. « Si nous ne vivons pas une pandémie, écrit-elle nous vivons bel et bien en Pandémie », le terme désignant un nouveau continent dans lequel c’est désormais la démocratie qui devient un objet de discussion voire de remise en cause. Le tableau dressé par la philosophe est celui d’élites affolées et gouvernant par la peur, avant de se livrer à une infantilisation générale de la population dans tous les actes de la vie afin de s’efforcer de la rééduquer la société au nom de la bienveillance.

Barbara Stiegler souligne l’usage, à l’occasion de la gestion de crise, de nouvelles techniques de gouvernement nées de la rencontre entre neuroscience et économie comportementale, autour la théorie du nudge, et dont l’attestation dérogatoire de déplacement constitue sans doute l’exemple le plus concret. Cette mobilisation de l’Etat dans la fabrique du consentement, à travers le recours à des agences privée, les manipulations du langage ou de la science a permis l’épanouissement d’un nouveau libéralisme autoritaire dont le maître mot de « distanciation sociale » a permis d’anéantir la vie démocratique et de dissoudre les mouvements sociaux. L’hôpital et l’université ayant fait l’objet d’une même transformation néolibérale, la crise sanitaire a également constitué une opportunité de poursuivre la numérisation, la vente de l’hôpital à la découpe et la course à l’innovation, tout en renforçant la soumission de la recherche au monde économique et politique. De la démocratie en pandémie offre enfin une réflexion plus générale sur le rôle de la recherche et du savoir comme vecteur d’émancipation des citoyens : un remède pour éviter aussi bien la tentation du complotisme que la confiscation du savoir par les experts.  

Par Romain Masson

Esprit critique et sarcastique qui essaye de penser en dehors des clous pour refaire le monde, sans se prendre (trop) au sérieux. Continue naïvement de croire que le savoir et la culture sont le meilleur rempart à la bêtise.

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