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Déprivatiser l’énergie pour sortir du néolibéralisme

À l’heure où les marches pour le climat et les discours de Greta Thunberg semblent dessiner un nouveau consensus en faveur de l’écologie et des énergies renouvelables, Aurélien Bernier nous rappelle la dimension profondément politique qu’occupe l’énergie. Après un rappel des premières initiatives publiques, à l’image de la compagnie canadienne Ontario Hydro créé en 1906, le livre décrit le vaste combat contre les firmes privées du charbon, du pétrole et de l’électricité qui a conduit à la nationalisation de l’énergie, d’abord aux États-Unis dans le cadre du New Deal, puis en Europe, en Amérique latine et en Asie au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Mais l’ouvrage s’intéresse principalement à la contre-révolution énergétique qui survient dans les années 1980 dans le Chili de Pinochet, la Grande-Bretagne de Margaret Thatcher, avant de s’étendre au reste de l’Europe dans le cadre de la vague néolibérale. Le rôle de l’Union européenne dans la libéralisation de l’énergie est parfaitement rappelé, et permet notamment d’éclairer bien des débats actuels.

Tout en critiquant les positions productivistes d’EDF et sa défense à tout prix du nucléaire, Aurélien Bernier souligne la manière dont les néolibéraux sont parvenus à instrumentaliser les idées de transition énergétique, d’énergies renouvelables, ou le thème de la « décentralisation énergétique », pour justifier le mouvement de libéralisation – via le développement de la production « indépendante », c’est-à-dire hors service public – et d’emporter ainsi l’adhésion de certains écologistes… Contre les chimères de l’autonomie énergétique locale, l’auteur de La Démondialisation ou le chaos (2016), invite au contraire à penser un nouveau système énergétique national, conçu comme un service public faisant de l’énergie un bien commun géré démocratiquement, ainsi que le développement de coopérations internationales, notamment avec les pays du Sud, qui permettraient de dessiner un nouvel internationalisme décroissant. Vaste programme !

Recension initialement parue sur Le Comptoir

Par Romain Masson

Esprit critique et sarcastique qui essaye de penser en dehors des clous pour refaire le monde, sans se prendre (trop) au sérieux. Continue naïvement de croire que le savoir et la culture sont le meilleur rempart à la bêtise.

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