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Les Gilets jaunes, crépuscule de la Macronie?

Véritable réquisitoire politique contre la Macronie, le livre de Juan Branco cherche à répondre à la question suivante : pourquoi au plus fort de la crise des Gilets jaunes, moins de deux ans après l’élection d’Emmanuel Macron, plus d’un Français sur deux était favorable à la destitution du chef de l’État ? Aux yeux de l’ancien avocat de Julian Assange, toute une partie de la population aurait pris conscience du transfert massif de ressources en train de s’opérer de la majorité des citoyens vers les quelques personnes ayant fait élire Emmanuel Macron. La thèse du livre est que tout en donnant l’impression d’avoir respecté les formes de la démocratie, le candidat d’En Marche a été placé – bien plus qu’il n’a été élu – par des forces économiques qui le dépassent. Dans le sillage des travaux de Marc Endeweld, des Pinçon-Charlot ou du témoignage de l’ancien secrétaire d’État au Budget Christian Eckert, Crépuscule offre, après une préface de Denis Robert, une plongée saisissante dans les arcanes de l’oligarchie française à l’heure du macronisme, écrit par quelqu’un ayant évolué au cœur des réseaux de l’establishment.

On y découvre un Xavier Niel parlant, lors d’un déjeuner, d’Emmanuel Macron, comme du « prochain président de la République », en 2014 à l’époque où ce dernier n’est que Secrétaire de cabinet de François Hollande… Le magnat des télécoms, propriétaire du Monde et de l’Obs jouera un rôle important dans la fabrique médiatique du couple Macron, par l’intermédiaire de « Mimi » Marchand, en collaboration avec Arnaud Lagardère et Paris Match. Est ici dévoilé tout un système de reproduction des élites, de réseaux d’intérêts, d’allégeances et de contre allégeances organisé autour de l’École alsacienne, Science Po ainsi que des grands groupes privés vers les cabinets ministériels via Jean-Pierre Jouyet et l’Inspection Générale des Finances où le pantouflage constitue la règle.  On y découvre, par-delà les liens personnels entre la haute bourgeoisie et le couple Macron, le rôle majeur de Science Po dans la mise en place d’un système de népotisme et de réseaux de corruption qui débouchera sur le recrutement d’Alexandre Benalla ; celui de Thomas Séjourné pour obtenir en un temps record 7 millions d’euros de dons pour En Marche reposant sur seulement 900 personnes ; les 300 000 euros attribués sans appel d’offre par Bercy à Havas, par le biais d’Ismaël Emelien, pour lancer la campagne de Macron à Las Vegas avec la complicité de Business France présidé à l’époque par une certaine Muriel Pénicaud…

Au terme d’une multitude de faits accablants, le livre offre également une réflexion sur la manière dont des gens sont amenés à s’intégrer à un système, un monde et des forces qui les dépassent. « Après m’être laissé absorbé, je me suis émancipé » concède celui qui a travaillé avec Aurélie Filipetti et au Quai d’Orsay avec Laurent Fabius, avant de finir par rejoindre la révolte des Gilets jaunes. Dans un contexte de crise de régime, conclut Juan Branco, la seule alternative réside dans un bouleversement institutionnel radical qui permettra au peuple de reprendre le contrôle sur ses représentants.

Recension initialement parue sur Le Comptoir

Par Romain Masson

Esprit critique et sarcastique qui essaye de penser en dehors des clous pour refaire le monde, sans se prendre (trop) au sérieux. Continue naïvement de croire que le savoir et la culture sont le meilleur rempart à la bêtise.

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